Un bref historique du territoire de Madawaska

Cette carte de Guy Dubay retrace le parcours de vie de Joseph Simon Daigle, pionnier de Madawaska qui échappa à la déportation, depuis la période coloniale en Acadie jusqu'à la colonisation de la région de Madawaska. Pour chaque date mentionnée (sauf 1758), il existe une trace officielle de sa présence. Ces déplacements reflètent le parcours d'autres Acadiens restés en Acadie.
1738 - un nourrisson en Acadie
1750 - un garçon sur l'île Saint-Jean
1758 - Fuite dans la forêt pour échapper à la déportation
1762 - Il devient réfugié au Québec, où il se mariera
1779 - Retour en Acadie en tant que père d'une jeune famille
1785 - Migration de cette famille à Madawaska
1814 - Inhumation en tant que grand-père d'une famille acadienne de la vallée de Saint-Jean.
Guy Dubay « Lumière sur le passé : Documentation sur notre patrimoine acadien », p. 16
L'histoire des Acadiens qui allaient finalement s'installer à Madawaska diffère, pour l'essentiel, de l'image plus répandue d'Acadiens raflés et exilés de leur terre natale . Les familles de ceux qui allaient devenir les Acadiens de Madawaska ont fui et échappé à la capture du mieux qu'elles ont pu. Nombre d'entre elles ont rapidement remonté le fleuve Saint-Jean jusqu'au Québec. D'autres ont trouvé refuge temporairement sur l'île Saint-Jean. Certaines ont voyagé sans cesse, cherchant à devancer les Anglais et les Bostonnais. Presque toutes ont finalement été conduites dans la région de Québec par leur défenseur et chef de leurs milices, Charles DesChamps des Boishebert . Là, certaines d'entre elles ont fondé des familles métissées avec les Québécois, un précurseur de ce qui allait devenir la principale caractéristique démographique de la haute vallée du Saint-Jean.
Presque aussitôt après la fin de la guerre de Sept Ans en 1763, des réfugiés qui s'étaient retrouvés avec des Québécois francophones sur le Saint-Laurent décidèrent de retourner vers l'Acadie, aussi loin que possible. Durant leur séjour au Québec, comme nous l'avons mentionné, ils avaient tissé des liens d'amitié et s'étaient souvent joints à des familles canadiennes. Ils emmenèrent certains de ces Canadiens avec eux lorsqu'ils redescendirent le fleuve vers le sud. Ils finirent par s'établir dans trois hameaux le long du fleuve Saint-Jean, dans la région de Fredericton. Un autre groupe s'établit le long de la rivière Kennebecassis, près de Saint-Jean.
Toutes ces colonies étaient florissantes lorsque la guerre d'indépendance américaine éclata. Les Acadiens et les Canadiens, malgré les supplications des Américains rebelles, restèrent fidèles à la Couronne britannique. Les Acadiens, en particulier, se mirent à la disposition des gouverneurs d'Halifax et de Québec. Leur rôle fut essentiel pour maintenir ouvertes les voies de communication entre les deux capitales.

Carte de William Ganong montrant la région de l'actuelle Fredericton vers 1765. Des réfugiés acadiens, de retour du Québec par le fleuve Saint-Jean, s'y installèrent. Ils vivaient à Crock's Point, dans le « village français inférieur » de Sainte-Anne et sur la rive nord-est, en face de l'île Sugar. La mention « Carmier » pourrait également désigner une famille Cormier. Aukpaque (Ekpahak) était le village malécites de la région. Avec l'arrivée des loyalistes vers 1785, de nombreux Acadiens et Malécites de la région déménagèrent dans la région de Madawaska.
À la fin de la Révolution américaine, les Britanniques durent réinstaller de nombreux colons américains loyalistes déplacés des États ayant obtenu leur indépendance. Ils choisirent pour cela leurs colonies restantes du Nord. Des arpenteurs arrivèrent bientôt et, comme les Acadiens ne possédaient aucun titre de propriété officiel sur les terres qu'ils occupaient, ils furent considérés comme des squatteurs. Lorsque les terres leur furent attribuées, les loyalistes – dont certains avaient reçu de vastes étendues – tentèrent souvent de les expulser de force. Le gouverneur Carleton, quant à lui, savait que les Acadiens vivaient sur les rives du Saint-Jean et y avaient apporté des améliorations. Il s'efforça donc de faire en sorte que les nouveaux propriétaires les indemnisent pour ces améliorations. Il commença également à œuvrer pour que les Acadiens reçoivent des terres ailleurs. De nombreux Acadiens reçurent effectivement une compensation financière avant de quitter la région. D'autres demandes de terres adressées au Conseil de gouvernement par les loyalistes nouvellement arrivés furent refusées ou assorties de conditions, le gouvernement tenant compte des « droits des habitants français ». En 1784, une concession de terres à l'embouchure de la rivière Keswick avait été accordée à certains Acadiens.
Nous pouvons maintenant relater le résumé de la situation par Charlotte Melvin juste avant le départ de nos ancêtres pour Madawaska :
« Ainsi, nous constatons que de nombreux Acadiens ont été incités à déménager et qu'on leur a parfois offert la possibilité de vendre leurs améliorations. En revanche, beaucoup d'Acadiens ont été autorisés à rester où ils étaient, et aujourd'hui leurs descendants vivent sur des fermes que le gouvernement a concédées à leurs ancêtres. »
Il y avait donc d'autres raisons que la persécution physique qui ont contribué à la seconde émigration des Acadiens de leurs foyers et villages. Parmi ces raisons figurait le désir de pratiquer librement leur religion et d'être à l'abri de toute menace et possibilité de persécution. Enfin, le gouvernement a approuvé l'idée des établissements acadiens pour des raisons qui lui étaient propres.
(Melvin, C. « Madawaska : un chapitre des relations entre le Maine et le Nouveau-Brunswick », Université de Rochester, 1956)

